MEMO: ou comment réconcilier la lecture chez les jeunes
Ayant toujours eu un goût prononcé pour l’art et la littérature, j’ai constaté dès le lycée une diminution progressive de mes lectures personnelles, pourtant essentielles pour développer ses propres références littéraires et nourrir les dissertations scolaires. En observant les générations plus jeunes, j’ai retrouvé ce même phénomène : les lycéens lisent nettement moins pour le plaisir que les élèves de primaire, avec une moyenne de 3,4 livres lus au lycée contre 8,4 en primaire sur les trois derniers mois de 2023.
À travers plusieurs témoignages, deux facteurs semblent notamment expliquer ce désintérêt progressif : le discrédit porté sur les lectures personnelles et la perception négative de la littérature classique.
J’ai donc imaginé un projet fictif, MEMO, une Journée de la lecture proposée par Hachette dans les lycées. Le projet vise à abolir la frontière entre lecture-plaisir et littérature « classique », souvent perçue comme obligatoire. À travers des temps d’échange et de débat autour des références personnelles des élèves, l’événement cherche moins à les faire lire qu’à leur faire porter un autre regard sur la lecture.
Face à une perception de la littérature souvent associée à l’obligation scolaire, le projet soulève un enjeu de communication : comment renouveler l’image de la lecture auprès des jeunes ? Le design graphique devient alors un outil de médiation, capable de créer une nouvelle relation entre les élèves et la littérature.
Le pouvoir onirique de la lecture
Nous vivons dans une ère profondément visuelle, où publicités, films et réseaux sociaux nous donnent à voir des images toujours plus immédiates et concrètes. Face à cela, la lecture peut sembler plus contraignante : elle demande de transformer des mots en images par le biais de notre propre imagination.
Pourtant, c’est précisément ce qui fait sa force. Là où l’image impose une représentation, le livre laisse chacun construire son propre univers. En lisant, nous ne sommes plus seulement spectateurs : nous devenons acteurs de notre imaginaire.
Pour traduire cette idée, j’ai choisi un design épuré inspiré du travail de Giuseppe Arcimboldo et des taches du test de Rorschach. Le logo de MEMO se révèle progressivement à travers des déformations aléatoires, jouant sur le principe de paréidolie : chacun peut y projeter ses propres formes et interprétations.
Cette identité visuelle traduit ainsi le pouvoir imaginatif de la lecture : comme les mots permettent à chacun de créer son propre univers, les formes de MEMO sont laissées à l’interprétation du spectateur.